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Un confinement handicapé : espace social et espace corporel face au Covid-19

Michael J.P. Laurent, HRD ANTWERP Certified Diamond Grader
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Article original publié dans la revue l'information géographique

De formation scientifique en Géographie, mais reconverti dans la Gemmologie, j’ai passé ce confinement mondial dans un appart hôtel à Anvers, en Belgique, près du quartier diamantaire. Je suis là pour un long séjour de près d’un an afin de mettre sur orbite certains projets pour ma société et me former davantage.

 

De formation scientifique en Géographie, mais reconverti dans la Gemmologie, j’ai passé ce confinement mondial dans un appart hôtel à Anvers, en Belgique, près du quartier diamantaire. Je suis là pour un long séjour de près d’un an afin de mettre sur orbite certains projets pour ma société et me former davantage.

Amputé d’une jambe, j’aimerai aborder la problématique de l’espace et du handicap à travers l’expérience du confinement lié au Covid-19. Le fait que la moitié de l’humanité ait vécu concrètement une expérience de mobilité réduite semble le moment propice pour cette question. Les préjugés et les stéréotypes négatifs sur les personnes en situation de handicap ont souvent un lien avec les concepts de vulnérabilité ou d’interdépendance. Or sont-ils encore valides après cette pandémie ?

Depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, les États ont progressivement considéré qu’ils étaient de leur devoir de prendre en charge le handicap. Mais face à la forte croissance économique dans la deuxième moitié du XXe siècle, cela a créé une situation de dépendance socio économique de cette population qui, souvent, ne cadre pas avec les standards dominants liés à l’emploi.

Paradoxalement, la pandémie a fait le plus grand nombre de victimes dans les pays les plus riches. Trop sûrs d’eux-mêmes, à la bureaucratie souvent monstrueuse et à la prise de décision parfois léthargique, les pays occidentaux ont peiné à gérer cette pandémie sereinement et efficacement. Et cela s’est beaucoup senti chez les personnes les plus vulnérables, âgées ou handicapées, qui furent souvent abandonnées à leur sort. La situation dans les EPAHD en France fut un rare scandale.

Cette crise amène donc à s’interroger sur la nécessité de l’inclusion des personnes vulnérables dans la société, afin d’éventuellement les protéger de l’action Étatique, qui a montré de sérieuses lacunes. Le surendettement des États et l’inefficience de l’action publique dans de nombreux domaines posent questions pour la décennie 2020.

Dans l’Antiquité, naître handicapé était un mauvais présage divin. AuMoyen Âge, et jusqu’aux années 1700, un handicapé ne pouvait assumer un rôle standard dans la société, donc était mis en marge et devenait indigent... À partir du XVIIIe siècle, commence le long chemin vers une altérité sociale saine.

Si le confinement est une approche sanitaire médiévale, la situation des personnes handicapées pendant cette crise fut analogue. Dans une société moderne qui veut plus que tout ignorer et effacer la souffrance, le handicap est dérangeant. Il renvoie à son propre rapport à la maladie et à la mort.

Socialement, un handicapé doit être donc soit un « héros », qui fait preuve de résilience face à l’adversité qui le frappe, soit une victime qu’on doit traiter avec compassion. Si le handicap est une « singularité », souvent médicale, sa pregnance est donc avant tout une délégitimisation sociale...

Mon espace de confinement, ce fut cet Hotel qui appartient à un grand groupe qui en possède trente-huit, au Royaume-Uni, en Belgique et aux Pays-Bas. Mon espace aurait pu changer radicalement pendant cette période si cet hôtel avait fermé. Le groupe a fermé trente-cinq de ses trente-huit structures. Mon espace de confinement sur le plan logistique, c’est donc celui d’une société internationale. Ce qui m’a rendu sensible à la dimension mondiale de cette épreuve, en discutant avec le personnel et des managers.

Je fus à Anvers dans un espace « sécurisant » et non infantilisant... Je connais des gens, et fréquentant cet établissement hôtelier depuis 2014, mais pour la première fois en long séjour, je suis connu et apprécié du personnel. Cela a rendu mon confinement plus serein, quand je pouvais compter sur les gens en cas de tracas. Mon seul lien de dépendance est en fait mon ignorance du Flamand. Mais la Totalité des gens parlent anglais, au moins un minimum.

L’espace est une construction sociale, et cette construction est avant tout liée à nos sens et à nos possibilités physiques, mais aussi à nos rapports sociaux. Un espace étroit appréhendé dans un cadre social rigoureux et stimulant, par des individus en santé, ne devrait pas poser de problèmes insolubles. Je pense en particulier aux sous mariniers. Je fis l’expérience de la tranquillité d’esprit pendant les deux mois passés à l’Hôtel. Aussi, quelqu’un qui est conscient de ses actes, bien entouré, et qui a l’opportunité de se sentir utile n’a aucune raison de vivre mal ce confinement. Les réseaux sociaux remplacent les bars, les cinés et les restaurants comme espace de socialisation. Ls platesformes de communication peuvent aisément se substituer à l’espace de travail pour beaucoup de professions du tertiaire. Un Programme de recherche en psychologie de l’université d’Harvard sur le bonheur a abouti à la conclusion, que le bonheur, c’est essentiellement... être bien entouré.

La construction de l’espace, c’est aussi notre construction intellectuelle et économique de cet espace. Toute la planète était accessible pour quelques centaines ou quelques milliers d’euros, ce n’est plus le cas. La paupérisation massive à venir et l’augmentation des réglementations dans les voyages vont sans nul doute amener à rétrécir la planète pour beaucoup d’individus. Économiquement, ne plus pouvoir aller travailler peut-être source d’angoisse financière. Et c’est là où nous prenons conscience de l’importance du troisième étage de la pyramide des besoins humains de Maslow, « appartenance sociale, sécurité ». Est-ce vraiment important de ne jamais visiter la Polynésie, si on est bien dans son village avec femme, enfants et amis ? Et le chômage peut être une période moins anxiogène avec une solide insertion sociale.

Aussi, ce confinement donne une merveilleuse illustration que les préjugés sur les handicaps ne s’inscrivaient que dans le paradigme social de la performance, du profit, qui vient de voler en éclat... Une grave crise économique mondiale, puis sans doute une crise monétaire devrait suivre ce confinement. Et les gens qui s’en sortiront seront avant tous les gens bien entourés, pleinement conscients d’eux-mêmes et de la valeur qu’ils peuvent ajouter.

Personnellement, je passe ce confinement à faire de la méditation, de la gym, à lire, à écrire... et J’ai appelé des gens isolés pour leur remonter le moral. J’ai eu des messages et des nouvelles de Russie, Chine, Australie, États-Unis, Canada, Israël et Europe. Si mon espace social vécu s’est réduit, mon espace social d’interaction s’est beaucoup élargi. Une excellente relation avec des personnes du staff de cet appart hôtel m’a permis de garder bon moral et dynamisme. J’ai pu ainsi avancer sur l’état de ma société après le confinement, et mener un précieux travail d’anticipation.

Beaucoup d’associations traitant du handicap, le considèrent comme une identité. Or comment prendre lutter contre un problème quand on l’intègre au plus profond de son être ? Le handicap ne devrait pas être considéré comme une identité, et je préfère nettement le penser comme une singularité.

Par ailleurs, compte tenu des sommes considérables investies dans le marketing personnel et des efforts inouïs pour s’individualiser, le handicap n’est jamais perçu comme... un avantage dans ce domaine.

Benjamin Franklin disait que celui qui sacrifie sa liberté pour sa sécurité, ne mérite ni l’un ni l’autre. Je crois qu’il faut cesser de croire au plus vite à l’État tout puissant. J’ai subi de très nombreuses discriminations depuis que j’ai perdu ma jambe à 20 ans, et je n’ai jamais accepté de rentrer dans le cadre infantilisant qu’on m’avait réservé. Bien m’en a pris, Ce confinement fut très serein.

Il faut rappeler aussi que l’aide sociale, ce sont souvent des emplois occupés par des gens eux-mêmes en quête de reconnaissance et se tournant vers l’altruisme avec cet état d’esprit. De ce fait, il y a souvent une projection sur les aidés des propres limites des aidants. Je pense que le handicap doit cesser d’être défini par les valides. Il convient, à mon sens, que le parcours de reconstruction médicale se fasse en s’appropriant pleinement la singularité. Par exemple, je suis amputé d’une jambe, et bien tout mon état d’esprit est tourné autour de la notion d’« Équilibre ».

Ce confinement illustre l’extrême vulnérabilité de nos vies. Plutôt que d’en faire un prétexte pour réclamer plus de droits et de considération, je crois que le handicap gagnerait à exploiter cet état d’égalité handicapés / valides que la pandémie a créé, à travers cet événement mondial.

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Ernest Bras

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